Hypothèses du regard, variations discontinues et greffes instables

Invitation au voyage à partir du désert du Nouveau-Mexique. 1989-1999.

« Dix années d’obsession en Noir et Blanc, et un travail très peu montré, pourtant essentiel dans mon rapport à la photographie.

Paysages désertiques en noir et blanc, répétition jusqu’à l’usure, 10 ans de déplacements lointains pour toujours refaire presque la même image.

Progressivement, j’ai compris en quoi cette démarche répétitive m’était si nécessaire, telle une musique de quelques notes rejouées qui composent la trame de la mélodie.
En ce lieu du désert dans le bassin de Galisteo, le paysage naturel tout à fait fascinant recelait des traces cachées, des figures pariétales dessinées par les indiens d’Amérique du Nord qui vivaient là sur leurs terres avant de subir l’un des plus terribles génocides. Ils habitaient les bords du Rio Grande, et laissaient sur les pierres des traces, des gravures datées des siècles derniers, mémoire d’une présence rituelle, land art préfiguré.
Je commençais en 1989 un relevé attentif de ces pétroglyphes pour ne pas oublier que cet horizon aujourd’hui silencieux et vide, cette terre rouge et lumineuse exposée sous un ciel ample, ouvert, avaient précédemment été la terre des indiens.
C’est aussi dans le désert du Nouveau-Mexique que la bombe atomique a été inventée, y ont été réalisés les premiers essais grandeur nature. Pour le pire, à White Sands, Alamagordo, par le scientifique Américain Openheimer en 1945. Puissance diabolique qui après avoir été lâchée dans le désert américain le 16 juillet 1945 « Trinity test » a rayé en quelques secondes de la carte du monde Hiroshima le 6 Août 1945 et trois jours plus tard le 9 Août, Nagasaki.
Il y a non seulement dans ce travail la beauté d’un territoire hors du commun mais aussi /comme en creux/ d’étranges présences qui hantent ce lieu, des sociétés d’hommes et de femmes rayées de la carte et plus tard le désir de création d’une arme de destruction radicale, l’installation au désert d’une épouvante permanente avec quoi il faut vivre aujourd’hui encore, plus que jamais sans doute. Et je pense avoir tracé mon chemin à partir de ces éléments paradoxaux, contradictoires sûrement, faisant se rencontrer la surface de l’image, sa beauté apaisée et subtile, avec ce qui la contredit toute. Opposition entre le papier lisse et muet de la photographie souvent présentée en grand format d’avec l’Histoire (grande hache) particulièrement violente qui a été vécue là.
Ce n’est que beaucoup plus tard, dans l’après coup de ma pratique photographique que je comprendrais ce qui se logeait là, un usage de la photographie tel qu’il voile et dévoile à la fois une image en suspens, silencieuse, qui véhicule presque toujours une histoire chaotique de bruits et de guerres.

J’y suis retournée sur ce territoire au mois de mai 2017 pour y vérifier certains points. Et c’est autour de ce retour qui m’a arraché quelques certitudes, que je propose cette exposition. Car j’ai fait de ce lieu du désert, dans le bassin de Galisteo près de Santa Fé, le lieu de ma fascination pour l’image, son origine photographique en quelque sorte, en une forme d’autoportrait de la photographie elle-même, souvent réduite à une gamme de gris minimalistes.
« Socle du monde. »
Le voici donc revisité ce lieu tellement aimé, traversé d’images autres, d’images réalisées ultérieurement au cours de mes voyages et de mes différents projets, et qui s’invitent ici pour bousculer l’ensemble des paysages américains. Biffure, gifle, court-circuit.
Ces photographies isolées, disparates, viendront problématiser le calme apparent des paysages. Décollées d’une géographie lointaine, invitées à poser ici ou là les jalons d’une quête complexe de signes opaques, d’indices à bas bruit, d’interférences hasardeuses, elles inviteront à la rencontre d’un monde contemporain haché, livré aux affres des guerres et des exils, des catastrophes et de la folie exponentielle des hommes.

Monique Deregibus, Marseille, novembre 2018

Stand By Office et La Possibilité d’une île...

En programmation parallèle, des œuvres vidéo de Randa Maroufi et de Philippe Terrier-Hermann

Intrication

Photographies + Musique, Cats Hats Gowns

"Une émotion déborde ces pare-brises, ces capots brillants, ces buissons de genêt en pleine ville, ces pierres ouvertes rose et jaune comme des sexes tranquilles, ces vitrines luxueuses, ces fleurs, ces bijoux, tous ces étincellements furtifs, toutes ces ombres portées : une émotion qui change l’espace en un volume de lumière." *

Intrication est le titre choisi par Cédrick Eymenier pour son exposition personnelle au Centre Photographique Marseille.

Intrication un mot rare, un titre inhabituel qui désigne en physique quantique une propriété étrange mais bien réelle. L’intrication désigne la fabrication de paires d’objets pourtant totalement séparés, voire très éloignés, mais qui disposent de liens invisibles les laissant connectés entre eux.

Cet enchevêtrement possible fait le sens de la démarche de l’artiste, et celui de cette exposition.

Ces intrications sont discrètes, légères, simples, et qu’elles soient évidentes ou difficiles c’est aussi au visiteur de les retrouver ou d’en créer de nouvelles.../...

*Yannick Haenel : catalog, Poses 01 : cedrick eymenier, ordet editions, paris, 2010

Degrees of Caution Part I

Degrees of Caution est une proposition faite par Cédrick Eymenier à 5 artistes rencontré.e.s au fil de leurs collaborations communes aux Magazines Purple et Purple Journal. Tout à la fois photographe, vidéaste, cinéaste, monteur… chaque artiste partage un niveau d’attention particulièrement sensible aux détails et à la lumière, qui s’exprime par le cadrage mais aussi la surexposition, le clair-obscur, une vision poétique et documentaire.
Degrees of Caution se décline en deux parties, films d’abord puis photographies, avec en plus, entre ces deux parties, 1 conférence et 1 performance musicale.

Part 1 : films
Du 16 février au 13 mars
Films en boucle

Guillermo Ueno  : Visiones del estanque. Musique : Federico Durand. 2015. 4’5’’ / Oficina. Musique : Cats Hats Gowns. 2016. 7’25’

Laetitia Benat  : Indian Summer, avec Alexandra Koubichkine. 1997. 15’18’’. Hi8 to digital. Coll. CNAP

Anders Edström  : Some Paints 20’

Sébastien Jamain
Straight From the Stardust Festival. 2006, 22’, format original : mini dv 5/4 (Visible du 15 au 23 fév.)
Rio de Piemont. 2006, 33’40’’ / mini dv 5/4 (Visible du 27 fév. au 6 mars)
Io. 2002. 46’50’’ / mini dv 5/4 (Visible du 7 au 14 mars)

Mark Borthwick  : Sun to light your. Vidéo & musique par Willshine. 2019. 15’

Degrees of Caution Part II

Commissariat : Cédrik Eymenier
Photographies, objets, films et dessins...

Du 16 mars au 14 avril.
Un deuxième accrochage presque entièrement photographique avec quelques surprises !

Vendredi 15 mars à partir de 14h : accrochage ouvert au public en présence des artistes.
Vendredi 15 mars à 19h : vernissage performance musicale de Coriolis Sounds. Concerts de Jeff Rian, Angola Stools, dj 16:9.

Samedi 16 mars à 15h : Paranoia Soft conférence-débat de Jeff Rian

Sélection du Prix Polyptyque 2019

En avant première, découvrez les participants au Salon 2019, avec quinze artistes présélectionné.e.s qui seront pour l’occasion soumis.e.s au jury des galeries partenaires.

Dans le cadre de ses missions de soutien aux artistes, le Centre Photographique Marseille lance un appel à candidatures aux photographes et artistes de la Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La deuxième édition de Polyptyque, salon de photographie contemporaine, aura lieu du 30 août au 1er septembre 2019, en lien avecArt-O-Rama et Paréïdolie. A cette occasion, cinq artistes de la région recevront un Prix remis par le comité artistique du Salon.

PRIX POLYPTYQUE

L’appel à candidatures s’adresse à des artistes photographes s’inscrivant dans une démarche de recherche de galerie professionnelle. Il a pour but un accompagnement professionnel des artistes
Les Prix Polyptyque 2019 reçoivent le soutien de la Région Provence Alpes Côte-d’Azur.